Je me sentais des envies d'ambiances orientales... Toujours guidée par Guts of Darkness, j'ai été séduite par une chronique de l'album "Mustt Mustt" du Pakistanais Nusrat Fateh Ali Khan, aujourd'hui défunt. J'ai fini par le trouver, cet album... Encore une grande baffe, un concentré d'émotions qui m'a profondément touché...
Quelques explications d'abord. Nusrat Fateh Ali Khan est considéré comme le maître du Qawwalî, un style musical pratiqué par des musulmans soufis. Pour info, le soufisme est, en quelque sorte, le côté ésotérique et mystique de l'islam. Ethymologiquement, le mot "soufi" provient du mot arabe "el-soufiya" qui désigne l'homme qui a réalisé pleinement sa spiritualité. Vous avez peut-être compris, si vous lisez mon blog régulièrement, que les musiques mystiques, toutes, quelles qu'elles soient, m'attirent irrésistiblement... Mais qu'est-ce le Qawwalî ? A vrai dire, je découvre à peine... Il s'agit d'une musique apparentée aux musiques des Indes. Elle se distingue, en particulier, par des acrobaties vocales époustouflantes, l'utilisation d'harmonium et de percussions... Mais le mieux que je pourrais faire pour vous expliquez, c'est de vous décrire l'album, et non tenter un cours de musicologie hasardeux.
Alors cet album... Je ne sais même pas par où aborder ma chronique ! Il est si riche, si vaste ! Il emprunte des couleurs occidentales, il est parfois chaloupé comme un bon Jazz, parfois doucement plaintif comme un vieux Blues... Pas étonnant que l'album soit sorti sur le label Real World, ce très bon label qui aime brouiller les pistes avec des musiques World sachant plaire au grand public car pas trop jusqu'au-boutiste, mais gardant une âme pure...
"Mustt Mustt" n'est donc pas un album qui aggresse l'auditeur : je veux dire par là qu'il n'est pas hermétique. On s'y fond dès la première écoute. Pourtant, il n'est clairement "pas d'ici". On y trouve ce mélange de sensualité et de mysticisme, qui est propre, selon moi, à toutes les musiques orientales. Mais il est plus que cela encore, il part dans tous les sens. Tour à tour grave et recueilli, gracieux et entraînant comme une danse spontanée, plein de joie comme une foi chantée à pleins poumons vers le Soleil, nostalgique comme savent l'être les musiques orientales... C'est tellement beau, authentique, que c'en est à pleurer !
Encore une fois, j'utilise le mot "authenticité", parce qu'encore une fois, il est vraiment adéquat. Nusrat Fateh Ali Khan était un chanteur virtuose. Sa voix légèrement éraillée, et pourtant tellement douce, ne s'embarrassait d'aucun artifice. Il vous sortait de ces arabesques époustouflantes... Des cascades de vocalises à une rapidité hallucinante, à s'y perdre, propre à créer une transe... Il faisait des solos avec sa voix ! Soutenus, évidemment, par des musiciens qui ne déméritent aucunément : nappes d'harmonium quand l'ambiance, grave, est à la complainte, percussions (gong, djembés...) quand le moment est au déchaînement des corps... Mais aussi, donc, des instruments plus occidentaux : guitares, basse, synthétiseurs... Cependant je le répète, sans y perdre une once d'âme, de pureté. D'ailleurs, à l'écoute, on ne se pose même pas la question de savoir si la tradition est respectée ou non...
Le grand Nusrat Fateh Ali Khan était bien au-delà de tout clivage. Voyage réussi, mais attention, on n'en sort pas indemne... L'album n'est aucunément sombre, et pourtant il fait venir les larmes aux yeux bien plus que, je ne sais pas, mettons bon nombre d'album de "Suicidal Black Metal". C'est parce que Nusrat Fateh Ali Khan insufflait des émotions très fortes dans sa musique. Des émotions VRAIES et GRANDES.
