C'est vrai que je n'ai jamais trop parlé de ce problème récurrent qui m'empoisonne la vie. Je suis en permanence fatiguée, capable de m'endormir n'importe où (c'est super de piquer du nez lorsqu'on est en réunion de travail), et presque sur commande. J'ai du mal à me lever le matin, du mal à finir mes journées. L'hypersomnolence s'accompagne, parfois, d'une sorte de paralysie partielle (difficultés pour bouger les bras, ou les jambes, ou, ça m'est déjà arrivé, les muscles faciaux : j'avais alors du mal à parler), et de petites hallucinations, au moment où la crise de somnolence arrive. Et tout cela, ce n'est pas nouveau. J'avais déjà ces problèmes à l'école primaire. Mais ça ne m'a pas empêché d'être bonne élève, au moins jusqu'à ce que j'arrive en filière S, au lycée. Bon, après, ça s'est dégradé, mais mon mode de vie d'alors, pas très sain, est sans doute en cause.
A la fac, toujours les mêmes problèmes, mais vu que nos semaines d'étudiants-géographes étaient peu chargées (en master 2, je dirais une douzaine d'heures de cours par semaine), ce n'était pas trop handicapant.
Mais maintenant je travaille, à raison de 35 heures par semaine, ce n'est plus tout à fait la même chose... avec des responsabilités plus grandes, aussi, et qui me demandent beaucoup plus de vigilance. Là, ça commence à devenir vraiment ennuyeux.
Je parle beaucoup de sorties, tout ça, vous devez peut-être croire que si j'arrive encore à sortir, c'est que tout va bien au fond. Ce que je ne dis pas, c'est les efforts considérables que cela me demande, et que je fais pourtant parce que je refuse de me laisser complètement dominer par ces symptômes. Et même comme ça, mes efforts ne sont pas toujours suffisants. Je sais que mon copain regrette parfois que je ne sois pas plus active, plus sociable, plus "prête à faire la fête jusqu'à pas d'heure". J'essaye, hein, mais je n'y arrive pas vraiment... Et combien de fois, alors que nous étions sortis en couple, je lui ai gâché sa soirée parce qu'une crise de fatigue m'avait prise et qu'il fallait absolument que je rentre, ou du moins que je puisse m'allonger quelque part. Bon, on temporise, maintenant, avec une solution passable : lorsqu'on sort, on y va généralement à deux voitures, lui la sienne moi la mienne, comme ça quand je n'en peux plus je peux rentrer sans l'embêter. Mais ce qui m'ennuie, c'est que je passe à côté de beaucoup de bons moments à cause de cette satanée fatigue.
Alors, qu'est-ce que je fais pour ça ? Pendant des années j'en ai parlé à différents médecins, qui m'ont donné des solutions plutôt... légères : vitamine C, fer (il est vrai que je suis souvent anémiée, mais les cures de fer, si elles soignent l'anémie, n'influencent aucunément sur ma fatigue)... Voire des conseils limites insultants : "si vous êtes fatiguée, il faut dormir plus" (ah ben tiens, je suis idiote, je n'y avais pas pensé... c'est vrai que je ne dors que 9 heures par nuit, c'est tellement peu hein ! je pourrais bien me permettre de dormir plus !), ou bien "peut-être que vous êtes simplement un peu fainéante ?" (sympa, merci !)... ou le pire, je crois, c'était "vous savez, si vous fumez des joints, il ne faut pas vous étonner..." (je n'étais pas une fumeuse, et je ne le suis toujours PAS, mais môôôssieur le médecin pense que l'habit fait le moine et que jeans troué=hippie fumeuse de joints).
Mais ENFIN, j'ai trouvé, près de chez moi, un médecin généraliste qui m'a pris au sérieux et qui m'a fait une lettre pour que je puisse aller chez un spécialiste du sommeil... Parce que, pour dire les choses franchement, je crains avoir une pathologie du genre narcolepsie, même s'il est vrai que c'est plutôt rare...
RV chez le spécialiste début juillet (il y avait une longue attente, comme pour tous les spécialistes). A côté de ça, j'ai aussi fait une prise de sang qui n'a rien montré d'anormal (hormis la classique anémie que je soigne actuellement). Cet après-midi, bilan nutritionnel, non seulement parce que l'alimentation peut jouer sur la fatigue, mais aussi, plus généralement, parce que je m'inquiète de voir mon poids en augmentation régulière alors que je n'ai pas changé mon alimentation (en fait, j'aimerais en perdre, du poids, revenir aux 45 kilos que je faisais lorsque je suis arrivée à Auxerre). Le diététicien-nutritionniste qui va me recevoir est aussi mon gynéco, et c'est lui qui m'a proposé ce bilan, sachant que j'ai des antécédents de surpoids, d'excès de cholestérol et de triglycérides.
Ah, et évidemment, je consulte un psy, pour... hé bien, des raisons personnelles, hein, je ne vais pas trop en dire ici, mais il est possible aussi que cette fatigue soit un symptôme d'une déprime. Cette psy songe m'envoyer chez un autre spécialiste du sommeil, plus "pointu" que celui que je vais voir en juillet. On verra. Mais j'en ai vraiment marre de ce boulet (le boulet=la fatigue, hein).