On m'a téléphoné aujourd'hui. Dans le cadre professionnel. Du coup je suis toute chamboulée. Arg. Dilemme.Edit :
Bon, ce n'est plus d'actualité, j'ai pris ma décision dans la semaine qui a suivi ce coup de fil et je l'ai fait savoir aux principaux intéressés. Je peux donc en parler ici un peu plus librement. En fait, avant que je ne sois embauchée en CDI ici, à Auxerre (j'ai été prise en CDD tout de suite après mon stage, mais je n'étais pas sûre de la pérennisation de mon poste), j'avais répondu à pas mal d'offres d'emploi un peu partout en France, au cas où. Je n'avais pas eu beaucoup de réponses, puis vu que l'assoc à Auxerre a réussi à m'embaucher en CDI, je n'ai pas relancé les autres structures où j'avais postulé.
Mais visiblement les CV que j'avais envoyé n'ont pas été oubliés. Un poste s'est libéré en Picardie. J'avais postulé pour un autre poste, légèrement différent, dans cette antenne, mais celui qui est libre maintenant correspond exactement à celui que j'occupe actuellement, et c'est un CDI qu'on me propose. Il s'agit d'une structure qui appartient au même réseau associatif national que celle où je bosse à Auxerre. Les conventions collectives sont donc les mêmes... et le salaire aussi. Théoriquement, le travail est le même aussi...
Sauf que... la structure en Picardie compte une trentaine de salariés, alors qu'à Auxerre nous ne sommes que 7. Oh, je sais que la quantité ne fait pas forcément la qualité. Mais en tant que "débutante" dans le domaine, je sais pertinement que c'est rassurant d'avoir l'appui d'une équipe solide, pluridisciplinaire et qui présente compétences et expérience. Ici à Auxerre, je constitue à moi toute seule le service "études", et c'est un peu angoissant parfois.
Autre avantage de l'antenne qui m'a contacté, là-bas ils sont "fusionnés" avec une autre structure, cette dernière étant rattachée à l'autre grand réseau associatif national qui oeuvre dans l'amélioration de l'habitat. Concrètement, cet autre réseau est notre concurrent. Sur les territoires où il n'y a pas eu de "fusion" (comme ici dans l'Yonne), c'est donc un peu la guerre dès qu'un appel d'offre est publié. Tandis que lorsque les structures sont fusionnées, il y a beaucoup moins de concurrence et il est donc plus facile de décrocher les marchés. C'est ainsi que la structure en Picardie gère actuellement une douzaine d'opérations programmées sur l'habitat, et mène en plus plusieurs études pré-opérationnelles... Tandis qu'à Auxerre, nous n'avons pour l'instant qu'une seule opération... et c'est tout... Nous avions une étude aussi, c'était le sujet de mon stage, mais elle est terminée depuis quelques temps. J'ai également contribué à répondre à un appel d'offre dans le Nord de la Nièvre (comme on est associatif, on n'est pas tenu d'intervenir strictement sur un seul département), mais ce marché nous a échappé au profit de nos "concurrents". Ce contexte me stresse, je ne le cache pas. Je me dis que le travail dans une antenne "fusionnée" doit être beaucoup plus serein (de ce point de vue là en tout cas).
Autant d'arguments qui ont eu de quoi me faire douter. Du coup, misant sur l'honnêteté, j'en ai parlé à ma directrice. Mes questions portaient surtout sur l'avenir professionnel que je peux avoir ici, à Auxerre, sachant que notre antenne n'est pas bien solide financièrement. Elle a été honnête aussi, en me disant qu'effectivement elle ne pouvait pas m'affirmer que tout allait bien. Mais elle m'a aussi expliqué que si notre antenne "coule", elle ne disparaîtra pas forcément : en général (car oui, ça arrive assez souvent dans le réseau... enfin pas fréquemment, mais selon le contexte...), lorsqu'il y a dissolution, l'antenne est reprise par celle d'un département voisin (ou par une structure équivalente). Evidemment, au passage, des postes sont supprimés, mais avant les "forces vives", ce sont les postes qui peuvent être externalisés (direction, management, secrétariat, compta...) qui sont supprimés.
Je pensais que mon poste serait le plus menacé (étant donné que nous n'avons pas vraiment d'études, et peu d'opérations, en cours, le service technique par exemple est beaucoup plus rentable), mais en fait pas tant que ça. Ma directrice m'a également rappelé qu'une de mes collègues est proche de la retraite et que je vais être appelée à la remplacer pour certaines choses (des tâches qui sont indispensables à la structure, car elles sont le coeur même de notre activité).
Je rappelle qu'ici, à Auxerre, je suis en CDI, je ne suis donc absolument pas au pied du mur (ce n'est pas comme si j'étais au chômage). Ensuite, mon travail me plaît même s'il me demande de m'éparpiller un peu (forcément, faut bien que je serve à quelque chose). En fait, autant cette polyvalence "forcée" peut être risquée parce qu'elle m'éloigne du profil que je suis censée montrer, autant elle peut être valorisante. Et surtout, c'est un challenge pour moi. Par exemple en ce moment, je "pilote" une convention qu'on a signé avec un bailleur social, portant sur l'adaptation des logements aux locataires âgés (problématique qui m'intéresse beaucoup même si je ne connais pas grand chose en termes techniques - je n'ai pas fait de formation dans le bâtiment, je rappelle que je n'ai qu'un master de géographie).
Bon, ça c'était pour la cogitation "professionnelle".
Voyons le côté personnel. Hé bien... vous allez sans doute me trouver horriblement pragmatique, mais j'ai regardé les loyers en Picardie... au secours quoi. Je pourrais évidemment m'en sortir (mon salaire est quand même assez confortable), mais la qualité de vie ne sera pas la même. En fait, la région picarde ne m'attire pas. Surtout le coin où est située l'antenne. Je n'ai tout simplement pas envie de me retrouver coincée dans une ville toute grise, dans un appartement de 20 m², avec aux alentours, certes, de la campagne, mais une campagne de type "agriculture industrielle".
Oh non, quoi. Pas après avoir connu les splendeurs de la campagne bourguignonne. Vous savez... vous allez me trouver bête, aussi, de me fier à de si petits détails pour prendre une décision concernant mon avenir... mais suite au coup de fil, le soir en rentrant à la maison, j'avais la tête complètement retournée. En arrivant, j'ai arrosé notre potager (avec les belles salades, les belles tomates, les belles courgettes, les beaux oignons, les belles carottes, les bonnes odeurs de la menthe, du basilic... qui en veut ? on en a en rab'...), puis je me suis posée dans notre jardin. Les chevaux (souvenez-vous, je vous avez raconté dès mon emménagement ici, qu'on avait directement derrière le jardin, un pré avec les chevaux de notre proprio) sont venus me voir, comme tous les soirs ou presque, pour que je leur donne quelques carottes. Puis en fond, il y a cette magnifique vue sur le vignoble chablisien, ce paysage vallonné, tellement paisible...
Alors là je me suis dit... NON. Je ne peux pas abandonner cette tranquillité que j'ai ici, cette bouffée d'air vitale, ces terres où je me sens renaître. Pas tant que j'ai la possibilité de choisir.
Et c'est là-dessus que j'ai pris ma décision. Je ne suis pas tant carriériste que ça, je l'admets et tant pis pour l'image de la jeune diplômée dynamique et indépendante aux dents impitoyablement longues.
Vous savez, ça m'a quand même beaucoup travaillé (il n'y a pas longtemps, le week-end juste avant ce coup de fil en fait, un ami de Philippe m'a à nouveau fait une séance de tarot, et il me disait justement que l'un de mes problèmes était d'avoir peur de faire des choix... bien vu). J'en ai parlé à ma psy, aussi. Je lui demandais, concrètement, si j'avais le DROIT de refuser ce poste en Picardie, simplement parce je me suis attachée à un cadre de vie... Hé bien, il semblerait que OUI, on a le droit. Surtout quand on vient tout juste de trouver un certain équilibre et qu'on craint de repartir à la dérive si on le perd.
Photo, pour conclure et pour illustrer : vous comprenez pourquoi ?